• Malheureusement, il n'y a pas de solutions miracles pour guérir de l'anorexie. Il faut déjà décider de guérir. Le vouloir réellement. Tant qu'on ne souhaite pas s'en sortir, on ne peut pas se sortir de ce cercle vicieux. Ne plus vouloir être anorexique. Prendre des risques. Décider de ne plus exprimer ses maux par son corps. Accepter son erreur. Accepter d'être un être humain. Accepter ses limites. Accepter de ne pas transmette le message qu'on souhaitait faire passer à la société. Prendre conscience qu'on doit s'en sortir seule. Et l'accepter. A force de volonté. Accepter de retourner dans la réalité. Une réalité si souvent niée. Cette réalité dont a tant voulu échapper. Accepter de ressentir à nouveau des besoins et des plaisirs. Essayer à tout prix aussi de trouver les raisons de son anorexie. Lire de nombreux bouquins sur les tca. Commencer à s'analyser réellement pour prendre réellement conscience de son anorexie. Réussir à comprendre les raisons de son anorexie.

    Dans mon cas, je voulais quelque chose d'impossible. Mon « rien » sera toujours trop. Je devais décider de vivre ou de mourir. De retrouver la faim ou de trouver la fin.
    Je devais choisir : Guérir ou rentrer dans une institution. Au fond de moi, je ne voulais pas inquiéter mes parents. J'entendais ma mère qui commençait à s'inquiéter. Je ne voulais pas. Au fond de moi, je voulais toujours cacher mon anorexie à ma famille. A vrai dire, je savais aussi que je refuserai de manger si je rentrais dans une institution. Oui. Guérir = ne plus avoir de problèmes. Ce n'était pas le cas. Pas du tout. Je n'aurais pas voulu donner raison au médecin. Je détestais la société. Les médecins en faisait partie. J'aurais fais le choix de transmettre mon message jusqu'au bout. c'était ma vision des choses. En tout cas.

    Enfin, je me sentais vraiment basculée. Je savais que je risquais de + en + ma vie. Je savais qu'il serait de + en + difficile pour me sortir de cette prison. Cette prison dont j'avais moi-même posé les barreaux. A présent, je devais trouver la clé « guérison ».

    Un défi : Guérir de ma dépendance. Guérir de mon anorexie tout en ayant conscience que guérir de mon anorexie ne voulait pas dire me sentir mieux. Cependant, J'acceptais de ne plus vouloir être anorexique. Me faire une raison. Personne ne connaîtra ma vérité. Mon mal être. (bien qu'à présent j'ai finalement réussi à en parler à certaines personnes et non à ma famille...).

    Toutefois, je tentais de reprendre du poids tout en ayant conscience que je pouvais redevenir anorexique après la réussite de mon défi. Je n'ai pas réussi du jour au lendemain. J'ai fais de nombreuses rechutes. A la moindre petite contrariété, je retombais dans l'anorexie. Je me forçais aussi à ne plus faire de sport. D'ailleurs, j'étais le plus souvent dans ma chambre, les rideaux fermés etc...Je continuais donc mon chemin solitaire. Je ne voulais toujours pas être vue. Dans ma chambre ou au cinéma. Rester dans l'obscurité.

    « Nous sommes juchés la tête en bas
    au bord de l'ennui
    Nous cherchons à atteindre la mort
    au bord d'une bougie
    Nous essayons de trouver quelque chose
    Qui nous a déjà trouvés »

    Au départ, je mangeais toujours la même chose. Je faisais encore très attention aux calories. J'avais besoin de prendre toujours un certain contrôle sur mon corps. Décider de faire ses propres repas (malgré le désaccord de mes parents). Petit à petit, j'essayais de me souvenir ce qui me faisait plaisir avant de devenir anorexique. J'essayais de remanger ses aliments au fur et à mesure. Comme avant. J'y arrivais un temps et je rechutais. Par tristesse. Je souffrais énormément de retourner dans la réalité. Je n'arrivais pas à quitter mon monde. Il était vraiment très dur de retourner dans cette réalité. Remanger aussi était extrêmement dur en soi. Mon estomac avait rétréci. Je ne pouvais pas, je ne pouvais plus manger comme avant. Recommencez. Encore. Encore et toujours. Se forcer. Gagner son propre défi.

    Je n'étais plus anorexique. Toutefois, je me sentais toujours très mal. Je me sentais encore + fragile. J'avais perdu toute forme d'expression. Je me sentais vide de sens. Je vivais d'une façon très solitaire. Je suis très vite devenue dépendante de ma nouvelle découverte : internet.
    Le point négatif : rester dans sa bulle. Chez soi.
    Le point positif : Communiquer pour la première fois ses sentiments. Parler pour la première fois de mes problèmes. Très vite je me suis mise en tête d'aider d'autres personnes atteintes d'anorexie. Tous les jours, je passais des heures a donner des conseils (que je ne suivais pas forcément mais je ne le disais pas). J'écoutais. J'étais toujours là. Pour eux. Pour moi.
    J'ai compris que je pouvais être un minimum utile dans ce monde. Je reprenais un minimum confiance en moi. Je pouvais aider les autres d'une façon ou d'une autre. Peut-être que je pouvais agir autrement. Autrement que par l'anorexie. J'ai fais de nouvelles rencontres. Je me suis forcée a rencontrer des personnes. Je ne le regrette pas. Je me forcais a faire comme si de rien était. J'avais changé. Je pouvais voir d'autres personnes sans faire attention à mon image. C'était faux. Toutefois, je voulais y croire.
    J'accordais enfin ma manière de pensée avec ma manière d'agir. Moins se détester. J'avais le droit de vivre. Je me donnais ce droit.. J'essayais de faire le moins de mal possible dans le monde. Je ne pouvais pas faire +. J'acceptais enfin mes limites. Je devais faire passer ce message d'une autre façon que par mon corps. Je devais faire passer un message d'une façon + saine et + efficace. En parallèle, la naissance de mon petit frère aussi ma sûrement beaucoup aidé...

    Actuellement, mon corps me rappel mon ex-anorexie. Je ne suis plus anorexique mais je ne l'oublie pas. Les traces sont là. Ineffaçables. Blocages.

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  • Je vais essayer d'expliquer les raisons de mon ex-anorexie. Je ne peux pas en être sûre. Ce sont des hypothèses. Par ailleurs, je sais que le déclenchement de mon anorexie débute par la mort d'un de mes proches. Je sais aussi que je suis toujours retombée dans l'anorexie ou les problèmes de nourriture à la mort d'un être vivant que j'aimais (et que j'aime toujours). Je m'en voulais. Je me sentais toujours responsable. Je ressentais une profonde haine envers moi même.

    Je pense que j'étais anorexique pour les raisons suivantes :

    - Le désir de la perfection : Je ne pouvais pas atteindre cette perfection. Cette idée m'était insupportable. Je ne voulais pas être tout à fait humaine. Je détestais mon impuissance.

    - Le besoin d'exprimer ma souffrance. J'ai toujours été quelqu'un de très introvertie (à propos de mes sentiments). Je ne pouvais pas exprimer mes maux par des mots. J'ai donc choisie une autre forme d'expression corporelle : mon corps.
    Je ne devais pas parler des problèmes familiaux à mes amis ou à mon entourage. Ma décision : Ne rien dire sur moi si je me sentais obligée de mentir sur une partie de ma vie. Je ne pouvais pas dire la moitié de ma vérité. Tout ou rien. Choix : Rien.

    - Le tout ou rien. Le tout étant impossible. Je ne pouvais que choisir le rien. Le rien ne pouvait pas me décevoir. Enfin, c'est ce que je pensais en tout cas. Le problème c'est que finalement j'étais toujours trop vu que je ne pouvais pas atteindre ce « rien ». Je ne pouvais jamais être assez maigre vu que je souhaitais être « rien », Je ne voulais plus être un corps. Je voulais l'impossible. Je voulais l'absence de mon corps. Ce corps toujours trop pesant.

    - Le refus d'être heureuse : Je ne pouvais pas être heureuse dans ce monde si cruel. Je ne voulais pas ressentir de la joie alors que la famine, la guerre, les inégalités etc... étaient si présente dans ce monde. Je voulais faire passer un message à la société de consommation. Je refusais la société. (Slave To The Wage)

    - Le refus d'être heureuse à la suite de la mort des personnes de mon entourage. Je ne pouvais plus me permettre de ressentir un quelconque plaisir. J'aimais manger. Je ne le voulais plus.

    "La réalité est ce qui nous
    a été caché
    si longtemps
    la naissance le sexe la mort
    nous sommes vivants quand nous rions
    quand nous sentons le sang
    affluer et jaillir
    le sang est vrai dans sa rougeur
    l'arc-en-ciel est vrai dans
    son absence de sang" J.Morrison

    - Le besoin d'oublier ma vie qui devenait insurmontable. J'avais besoin de me créer un autre moi. J'avais besoin de créer mon propre monde pour ne pas me suicider. Le besoin d'exister d'une façon ou d'une autre.

    'Urgence d'en terminer avec le "dehors", en
    l'absorbant, l'intériorisant. Je ne sortirai pas,
    tu dois entrer jusqu'à moi. Jusqu'à mon jardin-matrice
    d'où je regarde. D'où je peux construire, à l'intérieur
    du crâne, un univers rival du réel." J.Morrison

    - Le refus de la féminité. Le refus de grandir. Le refus du désir et du regard de l'autre. De mon propre désir et de mes propres besoins. Refus de manger, de dormir, du contact avec les autres. La peur de l'après. C'était comme un défi : montrer que mon esprit pouvait être au-dessus de mes propres besoins. Mon esprit devait être plus fort que mon corps. Prouver ma volonté et le besoin de contrôler mon corps sûrement pour avoir l'impression de contrôler ma vie. La peur du contact. Trop angoissant. Trop insécurisant. Trop.

    - Une haine de soi. Physique mais aussi morale. Un grand manque de confiance en moi.

    - Le besoin de me faire du mal. Peut-être pour ressentir quelque chose. Je ne pouvais pas être heureuse mais j'avais besoin de ressentir mon corps d'une façon ou d'une autre (paradoxalement) En hiver, j'étais souvent en tee-shirt par exemple pour sentir l'air frais sur mon corps. Je ne voulais pas admettre que j'aimais ressentir quelque chose sur mon corps. ce corps que je ne voulais pas considérer comme faisant partie de moi. Je pouvais me le permettre car je perdais réellement du poids en même temps. J'aimais aussi sentir la pluie. J'étais la seule avec une amie à crier, chanter etc...sous la pluie au moment des récrés. Un état un peu extrême. Sûrement.

    - La place de la nourriture dans ma famille : La nourriture a toujours pris une place particulière dans ma famille. Manger « équilibrer » (à leur façon // que je ne considère pas du tout équilibré) était quelque chose d'extrêmement important. Les rôles étaient définis. Je n'avais pas le droit de manger ce que je voulais même si je donnais des raisons valables. Jamais justifiable pour eux en tout cas. J'avais vraiment l'impression de ne pas être écouté. De ne pas avoir droit à la parole. J'avais toujours aimé toute forme de nourriture avant de prendre conscience de certaines choses. Assez jeune. Je pensais sûrement + ou - inconsciemment que mes parents remarqueraient mon mal être si je ne mangeais plus ,et, enfin écouteraient mes propos. Je commençais à ressentir un profond dégoût de la nourriture. Je sais que je disais à mes parents que je ne voulais pas manger d'animaux. Depuis très jeune, j'avais compris le mal derrière tout ça. Malheureusement, ils refusaient de m'écouter. « ce ne sont que des histoires, ça passera avec le temps. Tu feras des choix quand tu grandiras ». Je n'avais pas le droit d'être moi.

    - Je me rappelle aussi que je commençais a éviter de plus en plus les repas lors des nombreuses disputes entre mes parents. Ils se lançaient souvent des pics entre eux et je ne pouvais plus le supporter. Je me rappelle aussi certaines remarques de mon entourage qui m'avaient profondément blessée. J'avais vraiment l'impression de ne pas être aimée pour mon ensemble. J'étais considérée comme quelqu'un de gentille mais de ne pas assez bien physiquement. J'avais la sensation de leur faire honte. Ma mère me disait souvent que je ne faisais rien pour m'arranger, + jeune ma marraine refusait de me donner de la sauce pour que je ne prenne pas de poids, mon médecin généraliste ne voulait pas que les parents me donnent des boissons ou des bonbons etc... Je commençais donc dès mon plus jeune âge à prendre conscience de mon corps mais du mauvais côté. Je l'ai considéré comme un réel poids insurmontable. Je commençais a détester mon corps, mon image. Je ne voulais plus l'admettre faisant partie de moi. Je voulais me prouver / leur prouver que je pouvais maîtriser mon corps.

    - Je me demande aussi si je ne voulais pas devenir comme mon frère. J'avais l'impression que mon grand frère était bien + aimé que moi. Je le considérais supérieur. Il arrivait à faire tout ce dont j'étais incapable. J'avais l'impression que mes parents étaient fier de lui. Moi, je ne pouvais pas les rendre fier. Je ne faisais rien de bien. Mon frère a toujours été très mince. Je voulais peut-être lui ressembler. Peut-être. Pourtant, c'est l'une des seules choses pour lesquels mon frère se faisait engueuler. Il ne mangeait pas correctement. On lui répétait de manger pour ne pas avoir de problèmes de santé. Je ne mangeais pas. On ne me la jamais dit.Peut-être que j'avais besoin de + d'attention. Pourtant, ils m'ont toujours aimés.

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  • Tes parents te félicitent de prendre enfin soin de toi. Bien sûr, ils ne sont pas au courant de tout. Ils ne savent pas que tu n'as presque pas dormie, ils ne savent pas que tu n'as rien avalé de la journée, ils ne savent pas que tu as fait autant de sport pendant leur absence, ils ne savent pas à quel point tu ne sens plus tes jambes (ou au contraire trop) etc...

    Ta mère te demande ce que tu veux manger. Tu lui réponds que tu n'as vraiment pas faim. Tu n'as jamais faim après le sport. Ils le savent. Ils ne s'inquiètent donc pas. Toutefois, tes parents t'obligeront à manger un peu. Une fois ton assiette à table. Tu te débrouilles pour retourner dans la cuisine. Tu prends une feuille de sopalin afin d'éliminer toute l'huile de la nourriture que tu peux. Tu reviens à table comme si de rien était. Tu manges ton plat avec un certain dégoût. Tu ne veux pas t'avouer que tu en ressens un certain plaisir. Tu ne veux pas l'apprécier. Tu ne penses qu'aux nombres de calories ingurgiter. Demain, tu devras en faire encore + pour les perdre.

    D'ailleurs, tout ce qui vient de l'extérieur te dégoûte : tu ne supportes plus le moindre contact sur ta peau (à part de la nature), tu ne supportes plus la nourriture, tu ne supportes plus la moindre affection à ton égard (tu les trouves d'une profonde hypocrisie), tu ne supportes plus le regard des autres. Tu ne supportes plus cette vie. Tu veux mourir. Tu veux vivre. Ailleurs.

    D'ailleurs, tu te fais souvent engueulée par ta mère. Tu ne l'embrasses jamais pour lui dire bonjour. Elle te répète que tu ne l'aimes pas. Elle te répète que tu es gentille que lorsque tu as besoin d'elle. Tu ne peux pas lui expliquer que le moindre contact t'effraie. Tu ne peux pas lui expliquer que tu es tout simplement incapable de l'embrasser. Tu cries. Elle crie. Tu attends d'être dans ta chambre pour t'effondrer et te traiter de tout les noms. En silence.

    Tes parents te répètent souvent que tu as mauvais caractère. Tu t'énerves pour un rien. Ils te demandent d'arrêter de crier. Ils te demandent d'être de meilleure humeur. Ils ne comprennent donc pas que tu fais déjà un effort insurmontable pour ne pas t'effondrer. Pour ne pas pleurer toutes les larmes de ton corps. D'ailleurs, Tu essaies un maximum de ne pas le montrer. Tu essaies de sourire. Tu ris souvent à l'excès sans raison apparente. Toutefois, tu t'énerves aussi souvent à cause de ton côté impulsif. Tu ne sais pas exprimer tes maux par des mots. Tu caches ton corps qui est ton seul moyen d'expression. Il ne te reste plus qu'à crier pour un rien afin qu'on te montre un certain intérêt. Tu es incomprise. Tu détestes la vie. Tu l'envies.

    Tu sors de table. Tu reprends une douche et l'ensemble du rituel. Parfois, ta mère te répète que tu es totalement tarée. Oui. Tu enfiles un sweat pour dormir. On se trouve pourtant en plein milieu de l'été. Tu ne comprends même plus pourquoi c'est aberrant. Tu te couches le plus tard possible. Si tu en sens encore la force, tu feras quelques pompes avant d'aller au lit. Tu ressens l'ensemble de ton corps. Tu souffres. Tu ressens les restes de ta journée. Tu as mal. Tu en ressens aussi un certain plaisir. Tu entretiens une relation masochiste avec ton propre corps.

    Tu te surprends en train de pleurer. Pas à cause de ta douleur physique mais de ta douleur morale. Tu es seule. Personne ne connaît la vérité sur toi. Personne ne se rend compte que tu souffres. Tu caches tout. Tu rêves en secret de ton âme soeur. Le pire c'est que tu sais très bien que tu ne pourras jamais accepter le moindre contact. Par amour, tu refuseras tout type d'amour. Tu n'es pas quelqu'un de bien. Tu ne peux pas rendre quelqu'un heureux. Tu veux t'autodétruire en silence. Tu ne peux pas sortir avec quelqu'un que tu n'aimes pas. Tu ne peux pas non plus sortir avec quelqu'un que tu aimes. Tu ne seras jamais assez bien pour ça. Oui. Personne ne peut t'aimer. Personne. Tu détestes ton corps et tu refuses qu'on puisse le toucher. Tu te dégoûtes. Tu ne veux pas le ressentir. Tu ne veux pas que d'autres sentent ton corps. Tu es seule et tu devras le rester. Un point, c'est tout. Tu vis dans un monde qui n'existe pas.

    Tu pleures et tu te dis tout bas : tu dois encore maigrir. Oui. Tu dois encore perdre du poids. Un maximum. Tout finira par s'arranger. Tu t'endors en comptant encore le nombre de calories, tu t'endors avec ton corps que tu ne supportes pas. Tu ne le frappes plus. Tu te recroquevilles sur toi même. Oui. Mais, tu dois encore maigrir. Pour ton bien. Maigries. C'est la seule solution. Quelqu'un finira par te venir en aide.

    Au final, tu n'as jamais accepté l'aide de quelqu'un. Tu as toujours tout nier. Tu as juste décidé d'arrêter. De te lancer un nouveau défi : Combattre cette drogue interne. Combattre ton anorexie. Défi réussi.

    Voilà, c'était une journée typique durant mon anorexie a proprement parler. J'étais une anorexique stricte. J'ai perdu environ 10 kilos durant ce même mois. Enfin, je n'en suis pas sûre. Mon anorexie elle même ma fait perdre la notion du temps de cette époque et de beaucoup de choses. Elle ne détruit pas que le corps. Aussi l'esprit.


    "Mourir
    Est un art comme les autres.
    Je suis exceptionnellement douée
    Je meurs pour aller en enfer
    Je meurs pour me sentir réelle.
    J'imagine que vous allez dire
    que j'ai une vocation."
    Sylvia Plath, Lady Lazare,1966.

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  • Précision : Je considère avoir été anorexique à 13 ans et 17 ans. Entre deux, je n'ai jamais mangé correctement. Ici, je raconte une partie de mon anorexie lors de mes 17 ans. J'essaierai d'en expliquer les raisons plus loin. A présent, je n'ai plus aucun problème d'alimentation même si j'ai encore des soucis avec mon corps.


    Se coucher tard. Se lever tôt. Objectif : Perdre un maximum de calories.
    Tu ne penses plus qu'à ça. Tu ne vis plus que pour ça. Pourtant, tu n'avais aucun excès de poids. Tu étais juste dans la norme. Tu détestes ce mot. Tu détestes qu'on puisse te rentrer dans cette catégorie. Tu veux être différente. Tu veux être belle. Tu ne veux pas être comme tout le monde. Tu veux être + que les autres. Tu veux quelque chose que tu n'auras jamais. Ton corps est impuissant face au monde. Tu te détestes. Tu décides de t'en prendre à ton corps. Ton corps est un fardeau. Il doit payer.

    Tu te lèves le matin. Tu ressens déjà des vertiges. Tu vis dans une autre dimension. Tu aimes ça. Tu dois entretenir ce phénomène et en faire de + en + pour ressentir cet effet. Tu es droguées et tu ne t'en rends pas compte. Tu te diriges vers ton armoire. Que vas tu mettre aujourd'hui ? taille 34 ou 40. Tu as le choix. Aujourd'hui, tu restes chez toi. Tu mets juste un jogging pour masquer à ta famille ta maigreur. Pas de temps à perdre.

    Tu te diriges vers la cuisine. Non, tu ne mangeras rien. Tu te diriges juste dans une armoire pour prendre du film. Tu en mets tout autour de ton ventre. Tu dois perdre un maximum de graisse. A présent, tu peux enfin te retrouver isoler dans la cave. Non, tu ne feras pas de sport à l'extérieur. Non, tu ne veux pas sortir. Tu ne veux pas être vue. Tu as honte de toi. Tu as honte de ton corps. Tu n'arrives même pas a comprendre comment tu peux continuer de vivre avec ce dernier. Tu ne veux pas qu'on est pitié de toi. Tu vis cacher.

    Dans la cave, tu ressens toujours une certaine peur. La peur d'être vue. Tu ne peux rien y faire. Tu dois vivre avec cette inquiétude et te faire une raison. Tu commences a enfiler une combinaison. Non, nous ne sommes pas en hiver mais bel et bien en été. Oui, les autres adolescents s'amusent et sortent entre eux. Tu n'es pas comme eux. Tu en es tout simplement incapable. Tu as laissé tomber tes semblants d'amis. Tu ne peux pas faire autrement.

    Tu commences à courir le plus rapidement possible sur ton tapis de course. Tu vois défiler le nombre de km et de calories perdues. Tu vois défiler un ensemble d'images que tu ne supportes pas. Tu vois défiler en toi toute cette rage envers la société et toi même. Tu continueras à l'excès jusqu'à temps de ne plus ressentir tes jambes. Tu te fixeras des objectifs de plus en plus durs. Tu dois maigrir le plus rapidement possible. Tu dois faire passer un message à travers ton corps. Oui. Ta souffrance exprimée à travers ton corps montre ton mal être dont ils sont responsables. Eux : Ta famille. La société. Le monde dans lequel tu vis. Tu rejettes ton mal être sur eux.

    Tu ne peux plus courir. Tu ne sens plus tes jambes. Tu te dois d'arrêter. Juste une courte pause. Tu t'en veux d'être déjà fatiguée. Tu t'insultes. Tu te dis que tu n'es vraiment une moins que rien. Tu dois aller plus loin. Tu veux te prouver que ton corps n'aura pas le dernier mot. Ton esprit est plus fort. Personne ne pourra l'atteindre. Tu veux prouver aussi à l'ensemble de la société que tu peux le faire. Non, tu n'es plus la petite fille gourmande qui aime manger et rires. Non, tu ne veux plus être cette petite avec des bonnes joues. Non, tu n'es pas une fille sans volonté. Non, tu n'es pas comme toutes ces filles qui souhaitent maigrir sans y arriver. Tu es plus forte qu'elles. Tu n'as pas besoin de manger. D'ailleurs, tu ne veux plus ressentir aucun besoin. Aucun désir. Tu ne veux plus rien venant de l'extérieur. Absolument Rien.

    Tu te relèves. Tu recommences à courir avec une hargne de + en + présente. Tu commences à voir le sac de sport de ton père. Tu te mets à frapper de toute tes forces dessus. Tu ressens un certain bien être à frapper sur ce sac. D'ailleurs, Tu t'imagines souvent à la place de ce sac. Ca t'aide à taper encore plus fort. Tu as besoin de ressortir toute ta haine au fond de toi. Tu dois lui faire du mal. Tu dois te faire du mal. Tu imagines aussi d'autres membres de ton entourage. Amour/Haine.

    A ce moment là, tu vois aussi des images de famine, des images de guerre que tu ne supportes pas. Là. A l'intérieur de toi. Tu es impuissante. Tu n'as aucun moyen pour les aider. Tu es comme le reste de la société. Tu ne fais rien concrètement pour eux. Tu es une moins que rien. Tu ne dois pas être heureuse si tu ne peux pas faire le bien. Tu en as aucun droit. Pas + que les autres qui sont en train de crever de faim. Tu ressens une partie de leur souffrance. Les gens pourront lire la mort sur ton corps. Tu feras passer un message qui le veuille ou non. Tu ne sais pas exprimer ta souffrance par des mots. Tu as trouvée ta seule expression : Ton corps.

    Tu ne ressens plus aucune force en toi. Tu remontes. Tu vois ton frère se lever prendre son petit déjeuner. Tu lui souris. Tout va bien. Il ne doit se douter de rien. Tu ne laisses pas paraître que tu ne sens plus tes jambes. Tu ne dois pas laisser paraître ta faiblesse. Tu t'autorises un verre de jus de fruits. Au fond de toi, tu ressens un profond plaisir de pouvoir enfin boire quelque chose. Toutefois, une autre partie de toi s'en veut. Le processus est en route. L'anorexie est en place. Tu te doutes de rien. Tu penses avoir le dessus sur ton corps. Tu penses que ton esprit gagne. Tu ne t'aperçois pas que c'est l'anorexie qui est en train de prendre place en toi.

    Tu te diriges vers la salle de bain. Tu te déshabilles. Tu essaies de faire abstraction de ta nudité. A présent, tu considères ton corps comme un objet. Tu te pèses. Tu te dis que ce n'est pas suffisant. Tu dois encore maigrir. Le plus rapidement possible. Tu commences à te regarder dans une glace. Tu as envie de briser ce miroir. En réalité, c'est toi que tu veux briser. C'est toi que tu veux détruire et voir disparaître de ce tableau pathétique. Oui. Tu détestes l'image qu'elle te renvoie. D'ailleurs, tu n'as pas l'impression que c'est toi. Tu as juste l'impression de jouer un rôle d'observatrice. Tu ne veux pas avoir de corps. Tu le refuses. Tu ne veux être qu'un esprit. Tu commences à examiner ce corps. Tu l'insultes. Tu l'auscultes. Tu le frappes.
    Tu n'as pas de seins. Tu n'as pas de formes. Sauf ton ventre qui prend toute la place. Tu le frappes. Tu ne fais pas attention à tes jambes. Tu ne supportes pas ton visage. Tu es répugnante. Tout doit disparaître.

    Tu t'en veux. Tu es superficielle. Tu apportes bien trop d'importance à ton corps. De quel droit ? Tu n'as pas de temps à perdre. Tu devrais plutôt faire quelque chose pour toutes ces personnes qui souffrent dans ce monde. Pourtant, une autre voix te dit que tu fais tout ça en partie pour eux. Tu n'es sûres de rien. Si. Une seule chose est sûre : tu veux oublier ta vie.

    Tu touches ce corps. Tu sens la graisse et tu détestes ça. Les larmes coulent sur tes joues. Tu es immonde. Tu n'es qu'un tas de graisse (En réalité, tu es bien trop maigre. Ton IMC montre que tu as des grands risques de santé et que tu devrais déjà être à l'hôpital). Tu ne mérites pas de vivre. Pourtant, malgré la graisse que tu vois apparaître, tu ressens aussi tes os à certains endroits de ton corps. Tu aimes ça. Tu arrives à tes fins. Ce n'est pas encore suffisant mais tu es sur la bonne voie.

    Enfin, tu te retrouves sous la douche. Tu ne veux pas te l'avouer mais tu aimes profondément sentir l'eau sur ton corps. En fait, tu ne veux pas t'avouer que tu peux éprouver un quelconque plaisir venant de l'extérieur. Tu passes un maximum de temps sous l'eau. Tu ne sais pas si tu es en train de laver ton corps. Ton corps ou l'impureté de ton esprit ?
    Tu veux être pur. Tu es en train de te laver de tes péchés. Tu ne veux plus être humaine.

    Tu sors enfin de la salle de bain. Tu rejoins ton jardin. Personne ne t'y vois. Tu feras encore du sport. Tu es toujours seule. Pour tout. Tu retournes prendre une douche. Tu as peur de la saleté, de la transpiration etc...Tu attends qu'il commence à faire sombre. Tu peux enfin t'autoriser à sortir dehors. Ta mère vient de rentrer. Tu n'arrives plus à vivre avec ta famille. Tu t'autorises à sortir : direction le cinéma. Tu écoutes de la musique. Tu te ballades toujours avec ton walkman. Tu veux rester dans ton monde. Tu ne veux pas avoir à faire aux gens dans la rue. Tu baisses les yeux. Tu ne veux pas que quelqu'un vienne crever ta bulle.

    Dans la rue, des idées sombres te traversent l'esprit. Tu te lances des défis. Tu dois continuer tout droit sans t'arrêter même si le feu passe au vert. Dans le métro, tes idées sombres te poursuivent « Saute sur la voie et tout sera finie». Toutefois, tu rejoins enfin les salles obscures. Tu rejoins un autre type d'univers que tu aimes tant. Tu vis à travers cet écran. Tu t'inventes une vie qui n'existe pas. Malgré tout, tu ne peux toujours pas faire abstraction de la nourriture. Tu y penses tout le temps comme une obsession. Partout.

    Tu rentres chez toi. Ta mère te dit que le dîner va bientôt être prêt. Tu lui expliques que tu as envie de faire du vélo avant d'aller à table. Tu rajoutes qu'ils ne t'attendent pas : « Manger sans moi. Je mangerais plus tard. Je n'ai pas faim pour le moment ». Tu mens. Tu meures de faim. Ce que tu ne dis pas c'est que tu y prends un certain plaisir.

    Le vélo se trouve dans la cave. Tu fais un effort pour le sortir. Tu ne sens plus tes bras. Pourtant, la course poursuite contre les graisses continuent. Tu recommences à voir défiler à l'intérieur de toi tout un ensemble d'images insupportables. Toutefois, ces images te permettent d'avoir la force de continuer ton autodestruction. Tu continues de pédaler jusqu'à temps de ne plus sentir tes jambes. Tu vérifies l'heure. Il ne faut pas que tes parents et tes frères soient encore à table.

    Une fois rentrée, tu dois remettre ton vélo à la cave. Tu ne le dis pas mais tu as peur. Peur de ne pas y arriver. Tu ne marches plus droit. Tu vois trouble. Tu prends le vélo et machinalement tu descends jusqu'à la cave. Tu as l'impression que ce qui reste de ton corps va s'écrouler d'une minute à l'autre. Tu fais tout pour te convaincre que tu peux le faire. Ca y est. Tu as réussie. Tu ressens une certaine fierté. Tu remontes et t'allonges sur le canapé. Epuisée. Tu n'es plus qu'un déchet. Pourtant, tu es persuadée d'être plus forte que la normale. Tu oublies tes besoins vitaux. Tu veux être au-dessus de tout. Tu arrives à te convaincre que tu fais tout ça pour ton bien.

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  • « Ismène : Tu n'as donc pas envie de vivre , toi ?
    Antigone : pas envie de vivre...Qui se levait la première , le matin, rien que pour sentir l'air froid sous sa peau nue ? Qui se couchait la dernière seulement quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un peu de la nuit ? Qui pleurait déjà toute petite , en pensant qu'il n'y avait tant de petites bêtes, tant de brins d'herbe dans le pré , et qu'on ne pouvait pas tous les prendre ? »

    « Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte... Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste , moi, et de me contenter d'un petit morceau, si j'ai été bien sage. »

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