• Ce soir (4 décembre 2004)

    Ce soir, tu te souviens des moments passés chez ton oncle et ta tante. Tu te souviens plus particulièrement des soirées avec ton cousin et ta tante. Tu as encore l'impression de sentir l'odeur de sa peau. De sentir l'odeur de ses cigarettes. Tu aimais cette ambiance. Personne n'arrivait a s'endormir. La nuit, il y régnait une ambiance sérieuse et chaleureuse en même temps. Vous partagiez ensemble des moments inoubliables. Des moments d'une rare complicité. Tu ne savais pas encore qu'il représentait les derniers moments avec ta tante. Avant d'habiter chez elle, tu ne te sentais pas très bien. Tu recommençais a te faire du mal. A vrai dire, ce nouvel environnement te permettait de te sentir beaucoup mieux. Tu riais en leur compagnie. Tu riais à l'excès. Tu te sentais en vie. Tu ressentais une drôle d'impression que tu n'avais pas ressentie depuis longtemps. Tout te paraissait si simple. Tu aimais ta vie avec eux. Tu voulais que ça dure une éternité et oublier le reste.

    Tu y ressens encore cette ambiance intime où l'heure était aux confessions. Tu te souviens que tu ne disais rien ou le moins possible en tout cas. Tu préférais écouter les propos de ton cousin et de ta tante. Il y était questions de tout et de rien : des anecdotes de vos journées mouvementées dans l'entreprise de ton parrain (très drôle), de musique, de cinéma, du passé, de tentative de suicide, des amours de ton cousin, de l'ancienne maladie de ta tante... Vous passiez des rires aux larmes. Toi - tu ne montrais jamais tes larmes.

    Toutefois, tu avais une très grande confiance envers ta tante. Tu pouvais lui confier beaucoup de choses. Oui. Toi, pourtant si secrète, si mystérieuse au quotidien avec ton entourage. Tu ressentais une très grande sécurité avec ta tante. Tu ressentais une grande solidarité entre vous. Tu avais l'impression de te retrouver en elle. Pourtant, tu lui disais très peu de choses. C'est étrange mais tu te rappelles aussi que tu aimais vraiment cette odeur de tabac dans la pièce. D'ailleurs, ce sont les seules odeurs de cigarettes que tu aimes encore aujourd'hui. C'était celle que tu fumais. Avant. Seule.

    Tu te rappelles aussi que tu étais toujours la dernière a t'endormir. Parfois, tu avais l'impression d'entendre des pleurs étouffés provenant de la salle de bain. Tu ne voulais pas y croire. Elle n'était plus malade. Elle allait mieux. Non, elle ne doit pas être en train de pleurer. Tu te fais encore des histoires. Arrête de t'inventer des histoires, c'est ridicule. Parfois, tu pensais qu'il s'agissait des problèmes de couple entre elle et ton parrain. Oui. Mais, tu ne voulais pas y croire. Tu ne voulais pas donner de l'importance à tout ça. Tu préférais penser que tu te trompais. Tu te persuadais que ta tante se sentait réellement bien. Pourtant, tu le regrettes amèrement aujourd'hui...Tu n'aurais pas dû ignorer ses signes.

    A la fin des vacances, tu es retournée chez toi. Tu n'avais plus de nouvelles de ta tante, de tes cousin(e)s, de ton parrain etc...A vrai dire, tu voulais absolument téléphoner à ta tante. Comme une urgence. Toutefois, tu n'osais pas. La phobie du téléphone. Tu voulais aussi lui offrir un cadeau pour la remercier de son accueil et de tous ces instants partagées avec elle. Tu voulais lui demander si tu pouvais passer chez elle. Oui. Mais, le temps est passé. Trop vite. Comme d'habitude. Les jours se sont écoulés. Ta tante est morte. Tu ne l'as jamais appelé. Tu te détestes - toi et ton manque de savoir vivre.

    Elle ne t'avait rien dit. Elle était encore malade mais elle refusait de prendre ses médicaments. Elle est partie en voulant prendre le moins de place possible. Elle n'a jamais rien dit. Elle a toujours tout gardée pour elle. Elle ne voulait pas d'enterrement. Elle est partie en fumée sans savoir l'importance qu'elle représentait pour toi. A présent, tu te détestes. Tu détestes ton corps qui n'a pas su agir au bon moment. Tu as envie de vomir ta vie. Tu as envie de disparaître. Tu as envie de rejoindre ta tante. T'excuser. Tu voulais tellement l'appeler pour prendre de ses nouvelles. Tu voulais tellement la revoir. Tu te répètes que tu es nulle et ridicule. Tu te détestes. Tu veux oublier ton corps / Ta vie / Ton mal.

    Tu entends ta famille dire qu'elle n'était plus la même depuis sa maladie. C'est pourtant à partir de là que tu l'as mieux connue. Et toi, tu ne fais que te répéter : Pourquoi n'as tu pas été la voir dans la salle de bain ? Pourquoi ne l'as tu jamais appelé quand tu savais qu'elle était seule ? pourquoi ? pourquoi ? Tu avais pourtant devinée qu'elle ne se sentait pas bien. Tu avais vu malgré ses rires intenses une fragilité extrême. Tu l'avais lu dans ses yeux. Tu le savais et tu l'as ignorée. Tu avais pourtant l'impression qu'elle était comme toi. Tu te détestes. Tu te répètes que tu sais faire que le mal . Tu ne veux plus vivre dans le monde réel. Tu ne veux pas croire à sa mort. Ni aux autres êtres vivants qui partageaient ta vie. Avant. Puis, tout ressurgit. Tu redeviens anorexique.

    Tu occupes toujours une grande place dans mon coeur. Tu es gravé. Personne peut prendre ta place.

    P.S : Je n'ai jamais osé en parlé. Ici, c'est écrit. Gravé. Dans mon lit, je me rappelle aussi de tous ses soirs où je parlais avec mes tantes, mon grand- père...Vous au ciel. Moi sur terre. Je vous racontais mes journées et mes petits problèmes. C'était ma façon à moi de vous dire que je ne vous oubliais pas. Je n'arrivais pas à me rendre au cimetière (pour mon grand-père). Je me rappelle que j'attendais seule dans la voiture en pleure en attendant que ma grand-mère et mon autre tante revienne du cimetière. J'essayais d'essuyer mes larmes à temps pour pas qu'elles s'en aperçoivent. Je ne le fais plus. Mais, je sais que vous êtes toujours là. Dans mon coeur. Je vous aime. Pour toujours. Je ne vous oublie pas. Pardon. Pour tout.

    "Mes morts ont des jours
    Qui leur sont réservés
    Et se vexent si l'on oublie, s'ils pensent qu'on les ignore
    Alors, il y a des soirs de bougies
    De rideaux tirés, de chagrin retors
    Des soirs où les vivants vivent pour les absents
    En se serrant plus fort" Superflu

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :